Mercredi 21 Février 2007

Le Medef embarrassé sur la réforme de la représentativité syndicale

Trois mois après avoir été mise en minorité au CES sur la représentativité syndicale, Laurence Parisot tente de reprendre l'initiative. La semaine prochaine, Gérard Larcher remet au Premier ministre le compte-rendu de ses concertations.

Le ministre délégué à l'Emploi a achevé hier de consulter les partenaires sociaux sur la représentativité syndicale. Gérard Larcher a annoncé qu'il transmettrait au Premier ministre un rapport faisant « état de la situation » en début de semaine prochaine, mais il a d'ores et déjà évoqué l'éventualité d'une saisine du patronat et des syndicats sur le sujet. Une façon de couper l'herbe sous le pied des candidats à la présidentielle ? Peut-être. Quoi qu'il en soit, Gérard Larcher est apparu plutôt optimiste sur l'issue que pourrait avoir une telle négociation : évoquant l'état des positions des partenaires sociaux, il a affirmé avoir « vu les plaques tectoniques bouger » par rapport à novembre dernier. L'enjeu est de taille car, négociation ou pas, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy ont l'un et l'autre promis, en cas de victoire, de s'attaquer à la représentativité dès l'été prochain.

Ces dernières évolutions ne laissent pas d'inquiéter le Medef, qui tente de cacher ses divisions internes. Lors de sa conférence de presse mensuelle hier, Laurence Parisot a tenu à rappeler la position exprimée fin 2006 au CES par son organisation. A l'époque, avec la CGPME, FO, la CFTC et la CGC, elle avait tenté sans succès d'empêcher l'adoption d'un avis prônant une représentativité syndicale assise sur l'audience des syndicats et une validation des seuls accords majoritaires. Aujourd'hui, elle continue de plaider pour l'abrogation de l'arrêté de 1966 limitant à cinq le nombre de confédérations représentatives et de se prononcer pour une réforme a minima. A savoir la reprise, dans la loi, de la jurisprudence précisée par la Cour de cassation il y a maintenant quatre ans, laquelle est centrée sur la notion d'« influence » mêlant de nombreux critères, comme le nombre d'adhérents, l'activité du syndicat et l'audience aux élections professionnelles. L'avis du CES propose, lui, de mettre ce dernier critère au coeur du système, comme le souhaitent la CFDT et la CGT.

Ouvert au dialogue

Une querelle patronale a en fait resurgi lundi, au sein même du Medef. Certains membres du conseil exécutif, parmi lesquels Georges Drouin (professions de services), Pierre Nanterme (Accenture), Anne Lauvergeon (Areva) et Michel Pébereau (BNP Paribas), ont demandé à Laurence Parisot de remettre l'ouvrage sur le métier. Ils estiment en effet que Denis Gautier-Sauvagnac, président du patronat de la métallurgie (UIMM), qui avait mené la fronde au CES au nom du Medef, n'a pas tenu compte de toutes les sensibilités patronales et qu'il noie ses pairs sous des arguments d'une trop grande technicité. Un long débat s'est ensuivi, au terme duquel Laurence Parisot a décidé la mise en place d'un « conseil composé de personnalités pointues ». Dans son esprit, cette structure doit accueillir des experts extérieurs au Medef afin de montrer aux politiques que les patrons restent ouverts au dialogue, ce que conteste Denis Gautier-Sauvagnac. Hier matin, la fracture est apparue clairement aux participants de l'assemblée permanente du Medef. Laurence Parisot a manifesté le désir d'explorer des pistes « iconoclastes » sur la représentativité. Dans son fauteuil, Denis Gautier-Sauvagnac fulminait.

LEÏLA DE COMARMOND ET GUILLAUME DELACROIX - "Les Echos"

 

 

Créer un blog sur blogsysteme.com - Contact - C.G.U. - Reporter un abus